Léo Lérus, en ka danse

Danseur, chorégraphe, créateur atypique, Léo Lérus vient de recevoir le Prix du Public au concours Podium dédié à la danse contemporaine, pour son spectacle Entropie. Entretien avec l’un des fers de lance de la création caribéenne à l’international.

Comment la danse est-elle entrée dans ta vie ?

- Advertisement -

Léo Lérus : Très tôt, j’ai aimé danser et ma mère a vu en moi l’intention artistique. A l’âge de 4-5 ans, mes parents m’ont inscrit au Centre des Arts où j’ai dansé le gwo ka. Puis j’ai intégré l’école privée de Léna Blou, le C.D.E.C, à Pointe-à-Pitre. Une rencontre décisive : elle m’a ouvert au classique, au modern jazz et a décelé en moi un potentiel. Elle a décidé de me présenter au Conservatoire de Paris. J’avais à peine 13 ans ! Contre toute attente, moi qui n’avais jamais été au Conservatoire ni passé de concours, j’ai terminé premier. Mes parents, très ouverts, m’ont alors laissé partir seul à Paris où j’ai intégré le cursus contemporain. Entouré de jeunes qui partageaient la même passion, j’ai vécu cinq années d’études très enrichissantes. Un jour, Christine Gérard – ma professeure d’improvisation et de composition – m’a dit  : « N’essaie pas d’effacer tes origines quand tu danses ! » Cela a été le premier ébranlement pour moi.

Quelles expériences et rencontres ont fait évoluer ta recherche chorégraphique ?

Après le Conservatoire, j’ai été interprète dans des compagnies en Suède, en Norvège, au Danemark, à Londres, ainsi qu’en Israël. Chaque année, j’avais envie de découvrir d’autres univers, d’autres styles, d’autres cultures. J’ai donc passé régulièrement des auditions et énormément travaillé. A Tel Aviv, j’ai découvert une approche particulière : l’échauffement Gaga, sorte d’improvisation guidée. On n’a pas de miroir et l’intention du danseur en est le point de départ. Puis je suis revenu au ragga, au dancehall. Cela m’a ramené vers mon chez moi, à mon groove caribéen. En Israël, j’évoluais dans un environnement qui interrogeait sans cesse mon identité. D’où je viens ? Qui suis-je ? Quelle légitimité ai-je à être là ? Au quotidien, je devais valider cette présence aux autres. Cela m’a poussé à affirmer ma fierté, mon identité et à me lancer dans la recherche et la création.

La danse et la musique gwo ka innervent tes chorégraphies. Comment ces deux univers se nourrissent mutuellement dans ton œuvre ?

Mon travail est une sorte de rebond de ce que Léna Blou a mis en place. Je lui dois beaucoup. Dans Entropie (créé en 2019), j’essaie d’avoir une approche de la danse ancrée dans le léwoz, tout en utilisant les outils puisés dans d’autres compagnies. Je questionne l’impact de la danse sur son environnement, le lien entre le danseur et le makè. Danse et intention des interprètes génèrent le développement musical. Il y a une réelle interactivité dans cette œuvre : selon nos mouvements, nous générons des variations de la lumière comme du son. J’ai travaillé avec Gilbert Nouno à la création de ces dispositifs interactifs. La variation est précise, la structure claire, mais le jeu reste vivant. Il y a improvisation à chaque fois. Des capteurs captent la vélocité, la dynamique des danseurs : les données sont envoyées à l’ordinateur qui entraîne des variations de lumière et de son, selon le moment du spectacle. Entropie, pour moi, c’est une pierre posée sur un chemin pour diffuser la culture guadeloupéenne. Aujourd’hui, dès que je peux, je rentre en Guadeloupe, pour créer et ressentir cette vibration insensée en moi. Celle du gwo ka.

Tu es lauréat du dispositif « Nouveau Monde ». Peux-tu nous en dévoiler les grandes lignes ?

J’ai obtenu une bourse pour financer une période de recherche qui aboutira à une création publique. Je souhaite me concentrer sur la symbiose entre le danseur et son environnement musical et naturel. Dans ce projet engagé, il est question de « climax » et de l’équilibre si urgent à trouver, pour créer avec la nature, tout en la protégeant. Allier utilisation et préservation résonne comme un mantra de l’œuvre. J’envisage deux formats de représentation : l’une au cœur de la nature et l’autre au sein de salles de spectacles, proposant ainsi en un miroir dynamique, un message d’espoir pour l’un et/ou d’urgence pour l’autre.

J’ai obtenu une bourse pour financer une période de recherche qui aboutira à une création publique. Je souhaite me concentrer sur la symbiose entre le danseur et son environnement musical et naturel. Dans ce projet engagé, il est question de « climax » et de l’équilibre si urgent à trouver, pour créer avec la nature, tout en la protégeant. Allier utilisation et préservation résonne comme un mantra de l’œuvre. J’envisage deux formats de représentation : l’une au cœur de la nature et l’autre au sein de salles de spectacles, proposant ainsi en un miroir dynamique, un message d’espoir pour l’un et/ou d’urgence pour l’autre.

 

Propos recueillis par Véronique Brusini

Captations du spectacle « Entropie » : Léo Lérus / Compagnie Zimarel

Articles récents

A bloc !

Retour à la terre

Danser la liberté

Ti-Jean cherche du travail