Judith Tchapka, ou l’esprit de Jersey

Jeune femme solaire, styliste habitée, artiste accomplie et engagée – dont certaines œuvres sont visibles à l’incroyable Centre des Arts de Pointe-à-Pitre – Judith Tchapka nous ouvre les portes de son for intérieur créatif.

De rouleaux de coton jersey, Judith Tchapka appose, juxtapose et du bout des doigts tresse sa prose. D’Emoi [en] Créations, la jeune artiste autodidacte insuffle un vent cosmogonique, non loin des peuples premiers comme ceux de la vallée de l’Omo, à ses bijoux de corps sous sa marque éponyme. Puisant ses racines en Centrafrique et tombée en amour de la Guadeloupe, Judith interroge la part mystique tapie en chacun de nous, sans en avoir l’air, délicate et espiègle, pupille de jais et lèvres dévoreuses de sourires. Portée par le sens des couleurs qui toujours s’accorde à son propos, son inspiration s’envole vers l’Antiquité égyptienne, le divin et ses divinités. Suivant son instinct créatif, ses doigts inventent une nouvelle manière de tresser, plisser et tisser ces bandelettes, comme autant de serpents sveltes sous son joug hypnotisés. Les résultats de cette danse digitale offrent au corps des femmes pour lesquelles elle confectionne ces bijoux un nouvel élan, une silhouette sensuelle, mouvante, inattendue et inspirée. Des heures, des jours parfois sont nécessaires pour que de son esprit naisse cette matière féconde. Car Judith ne dessine pas, oublie les patrons pour que, sans entraves, jaillisse son intuition. « Certaines pièces à l’entre-maillage vrillé se sont parfois révélées bien plus compliquées que je l’avais imaginé ! », confie-t-elle ainsi, « j’expérimente alors au-delà des frontières de mes possibles et m’enrichis de ces épreuves ».

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Communiquer avec l’invisible

A ceux qui seraient tentés d’assimiler sa technique au macramé, Judith préfère le parallèle avec une autre approche du corps : « J’ai l’impression de coiffer le tissu. C’est comme si je faisais des vanilles de cheveux (nattes à deux brins) en jersey ! Je n’utilise pas les nœuds du macramé ». Créant ses propres codes par l’hybridation de bijoux de corps et de masques monumentaux, Judith entre-ouvre la porte de l’art contemporain et laisse vibrer la part magico-religieuse qui l’attise. « Les masques ont leurs costumes à présent, et des valeurs que je ramène dans la communauté : ils permettent de communiquer avec l’invisible ».

Une force expressive qui n’a pas échappé au groupe carnavalesque VIM, dont elle a initié les membres à la reproduction du masque rouge « Surma » pour leur défilé en 2020, actant ainsi la transversalité qu’elle ressent profondément entre l’Afrique et le monde créole, tout en réfutant le folklore au profit de l’identité. « Je me suis ouverte au métier de la création en Guadeloupe et la remercie en permanence pour cela : elle m’a fait découvrir une page de moi que j’ignorais », lance Judith dans un sourire brillant.

Texte : Véronique Brusini

Photos : Aurélien Brusini

 

 

 

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