Inimaginable il y a seulement un mois, le confinement général 2020 pour échapper au Covid-19, notre planète s’en souviendra. Et nous que ferons nous de ce passage obligé et combien difficile ? Nous pouvons le transformer en voie positive pour passer, enfin, à l’essentiel. Karine Fleury, psychologue clinicienne, nous propose une stratégie pour mieux vivre pendant et après.

Créola : Sommes-nous tous égaux (psychologiquement) face à la situation de confinement obligé que nous vivons actuellement ?

Karine Fleury : Non, certains le vivent plus mal que d’autres. Je pense notamment aux personnes qui souffrent de troubles dépressifs, anxieux, celles qui ont besoin de soins qui nécessitent des entretiens chez leur psychologue ou psychiatre ; aux adolescents qui ont absolument besoin de rester en lien, par les réseaux sociaux, avec leurs copains et copines. Je pense aux couples en instance de séparation, obligés de vivre ensemble, alors qu’ils ne se supportent plus. Je pense aux parents, tenus à trouver des occupations à leurs enfants, dont ils ont la charge 24h sur 24h, pour éviter qu’ils s’ennuient, tout en vaquant aux autres tâches.

C. : Certains semblent mieux vivre cette période de confinement, pourquoi ?

K.F. : Les solitaires, plutôt casaniers, vivront mieux la situation. Et aussi les personnes qui ont beaucoup de ressources personnelles : des passionnés, des artistes ou des intellectuels qui ont besoin de silence pour créer et se nourrir intellectuellement. Les personnes calmes, détendues, reposées auront plus de facilités que des personnes nerveuses, hyperactives qui tiendront difficilement en place.

Et puis nous ne sommes pas égaux socialement parlant car nous n’avons pas tous une grande maison, avec un jardin, voire une piscine. Beaucoup sont confinés dans des espaces restreints, peut être manquant de luminosité ou dans des cités où on entend trop fort les voisins. Rester plusieurs semaines cantonnés dans ce contexte est forcément plus difficile.

C. : Cette situation est pour nous inédite… peut on la comparer à d’autres ?

K.F. : On pourrait la comparer à des situations d’enfermement. Par exemple, lorsque nous sommes en arrêt maladie sans autorisation de sorti ou bloqués plusieurs semaines à l’hôpital… je pense à tous les systèmes d’incarcération ou d’assignation à résidence. On peut évoquer des périodes de guerre qui devaient être de cet ordre là : où l’on est empêché de sortir pour éviter bombardements, et tous dangers imminents.

C. : Certains de vos patients en souffrent’ils tout particulièrement ?

K.F. : Rester enfermé met en lumière des situations compliquées. A vivre 24h sur 24h avec l’autre, les personnalités se révèlent, sans échappatoire. On ne peut fuir, on est obligé d’être ensemble, de se parler,  donc parfois, certaines choses se révèlent, des mésententes apparaissent et il devient insupportable de se voir. C’est là qu’on appelle le psy en visioconférence pour régler le souci. Des situations d’angoisse et quelques symptômes de stress post-traumatique commencent à apparaître au bout de 10 jours de confinement. Par exemple : la déprime, les peurs, les angoisses par rapport à l’avenir, la perte de repères. On peut aussi se sentir extrêmement fatigué, épuisé, proche du burn out, ressentir du découragement. On est perdu et on a besoin d’en parler à quelqu’un. Discuter avec un tiers, comme le psy, permet de nettoyer, de dégager le problème.

La solitude et le confinement nous mettent aussi face à nous-même et les vieilles blessures remontent. C’est l’occasion, avec un thérapeute, de libérer des émotions stockées depuis des années. Un confinement comme celui la peut donc être très positif, encore faut-il s’occuper de ses problèmes.

C. : Certains, au contraire se complaisent dans cette situation d’isolement ?

K.F. : Oui, le confinement leur permet d’être au calme, d’enfin pouvoir prendre ce temps de pause qu’ils n’osaient se permettre. Là enfin on a le droit de s’arrêter, plus besoin d’être le plus performant. J’en ai entendu dire : « je ne souhaite pas que ça se termine tout de suite, car j’apprécie ce calme, j’apprécie que la société s’arrête.» Ils en profitent pour ranger leurs maisons, trier leurs papiers, se mettre à la peinture, à des cours de chant, apprendre une nouvelle langue par internet… Certains déploient vraiment une ingéniosité incroyable pour passer le temps et c’est très thérapeutique.

C. : Où puiser nos ressources pour ne pas céder à la déprime, à la frustration ?

K.F. : Quelques outils peuvent nous permettre de mieux supporter cette situation. Comme travailler l’acceptation de ce qu’on ne peut pas changer. Prévoir des rituels pour passer la journée, des routines, une organisation, faire des listes et pourquoi pas écrire un journal de confinement, écrire ce qu’on ressent ; alterner des temps d’activité et de repos, pratiquer un peu de sport, réaliser quelques exercices au quotidien. Programmer des temps créatifs : bricolage, écriture… Faites ce qui vous plait, ce que vous avez prévu de faire depuis longtemps sans en avoir le temps. Prévoyez aussi des espaces de relaxation, de méditation, de yoga, travaillez votre respiration, pour apaiser, baisser le rythme cardiaque.

C. : D’autres stratégies pour aller bien ?

K.F. : Idéalement, évitez la télévision sur un mode passif et les actualités qui dégagent des informations anxiogènes. Privilégiez les activités positives : on a besoin de vibrer haut et non d’être tiré vers le bas. Accueillez vos humeurs comme elles viennent. Acceptez de ne pas être en forme certains jours, de ne rien avoir fait de votre journée… demain sera un autre jour. Profitez de ces moments pour vous rapprocher de la nature au maximum ; si vous n’avez pas de jardin, occupez-vous de vos plantes, de votre chat, de votre chien… Cultivez l’humour, le rire, le divertissement, préservez votre espace, votre intimité si vous vivez à plusieurs : isolez-vous parfois dans votre chambre, sur le balcon, prévoyez des instants où vous serez vraiment seul. Pensez à prendre des nouvelles de vos proches, s’occuper des uns et des autres, ça fait du bien.

C. : Nous espérons tous la fin de ce confinement, comment s’y préparer ?

K.F. : J’encourage les personnes à éviter de trop penser à l’après confinement mais plutôt à vivre dans l’instant présent. C’est dans le présent que l’on prépare la suite. On ne peut pas prévoir à l’avance. Donc c’est vraiment apprendre à respirer, à vivre dans l’instant présent, à pacifier ce qui se passe à l’intérieur de nous qui nous aidera. Cultivons notre jardin intérieur pour gagner en force pour affronter la nouveauté de l’après confinement, post Covid-19. On ne sait pas, il y aura probablement un grand changement sociétal, je le souhaite.

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