Des podiums à la yole !

La valeur n’attend pas le nombre des années. C’est ce qui vient à l’esprit lorsqu’on rencontre Ambre Bozza. A vingt-trois ans, elle débute une carrière d’infographiste. Mais pas seulement…

Elle a présenté une émission de télévision, fait de la figuration dans des séries et décroché le titre de Miss Martinique en 2019. Eh oui ! Elle avoue aussi son attachement profond à la mer : si elle a l’océan à cœur, c’est qu’Ambre a grandi et vit à Sainte-Luce. Elle nous reçoit d’ailleurs sur une vaste terrasse qui domine l’océan. Une mer qu’elle caresse du regard tout au long de l’entretien.

Photo : Gérard Graduel

Elle se souvient de sa mini-yole bleue et orange (de 30 cm) qui ne l’a jamais quittée lors de ses déplacements à l’étranger en tant que Miss Martinique. Un porte-bonheur, dit-elle en riant ! Maintes fois elle l’a sortie de sa valise (jusqu’à Tahiti) pour promouvoir ce sport endémique à la Martinique.

Dans l’agenda de Miss Martinique, figurait aussi le départ du Défi-yoles de 2019, un événement où les embarcations rassemblaient des skippers du monde entier et des yoleurs martiniquais. Un rôle de starter très approprié ! Car oui, Ambre pratique la yole. Un sport qu’elle qualifie de grisant, un vecteur de rêves…

A l’instar de ses coéquipiers, elle s’est initiée à bord d’une bébé-yole. Depuis, elle a le vent en poupe. On l’aperçoit dans le dernier clip de Malavoi « Masibol » (femme de caractère). Une chanson largement illustrée par des yoleuses de l’association « Fem’ & Hom’ à la barre », pionnière en matière de mixité au sein de cette activité nautique. Une initiative lancée par Tania Marcellus, brillante navigatrice, qui dans les années 1990 faisait partie de l’équipage 100 % féminin de la bébé-yole « Fem’ à la barre ». Lorsque ces femmes ont souhaité relever le défi en créant une yole mixte, Emile Mas et Philippe Jean-Alexis les ont soutenues. Voilà vingt-sept ans que cette équipe soudée porte les valeurs de la parité nautique et les couleurs du SMEM. Celles que défend Ambre aujourd’hui.

Ce qu’elle aime dans la yole ? Des sensations indicibles, un apprentissage constant, des limites à franchir… « Être en mer procure un sentiment de liberté intense mais requiert aussi beaucoup de connaissances et de la clairvoyance : lire les vagues, étudier les éléments, les décoder pour prendre les décisions justes au bon moment. »

Pour Ambre, la pratique de la yole est aussi une expérience collective qui pousse au dépassement de soi. « Lorsqu’on manipule un bois dressé au-dessus de la mer, la sensation est extraordinaire, on se sent vivre avec une furieuse envie de pulvériser ses limites. Si le mental ne suit pas le physique, on plonge ! Ce sport a nettement amélioré ma confiance en moi. Et dans le milieu professionnel, il m’encourage à relever des défis. »

L’injonction de la performance passe aussi, selon elle, par une organisation minutieuse. A bord, le rôle de chacun semble déterminant pour une bonne coordination : placement, déplacement, regards, paroles … des mouvements précis indispensables pour faire corps.

« Je me concentre énormément sur ma mission à bord, rien d’autre ne me vient à l’esprit à ce moment-là. C’est une même force qui nous unit et nous porte tous pour suivre la trajectoire en symbiose. L’adage « Seul, on va plus vite, mais ensemble on va plus loin » se prête parfaitement à la yole. J’ajouterais même qu’unis sur une yole, on va plus vite et plus loin… »

La mixité à bord de la yole ? Ambre y voit une chance, l’opportunité de faire évoluer ce sport. En rassemblant des sportifs mixtes (de tous les milieux et de tous les âges) aux capacités très variées, d’autres aptitudes se mettent en équivalence avec le physique, dit-elle. « La lecture de la mer, des vagues, du vent, l’agilité, la réactivité, la vivacité s’avèrent déterminantes. »

Et bien que le confinement ait interrompu deux fois de suite la saison, Ambre poursuit les entraînements, travaille les manœuvres et entretient son endurance et sa condition mentale. « Je suis optimiste. Je pense qu’on va reprendre la mer bientôt, pour porter haut nos couleurs ! »

Texte : Marlène François

Photos : Clardio Design

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