Le Patio 19, renaissance d’une Maison

Il y a deux ans, elle était inhabitée. Aujourd’hui, cette maison martiniquaise héberge l’association « abité. » Comme on conjure le sort. Un rebondissement qu’elle doit à deux anges gardiens et architectes.

Elle date d’une centaine d’années. Son adresse ? 19 rue Garnier Pagès, dans un quartier ancien de Fort-de-France qui souffre d’un déficit d’image. La vétusté des habitations laissées, pour la plupart, à l’abandon, en atteste.

L’immeuble, au fil des ans, a connu plusieurs usages, transformations et dommages. Heureusement, la distribution spatiale propre à ce style de maison urbaine a conservé ses espaces initiaux typiques.

Le projet de rénovation mené par les deux architectes de dara.projets – Rafael José Salcedo Acosta & David Fontcuberta Rubio, fondateurs de l’association avec l’ingénieur Sergio De Andrade – concernait l’intégralité de cette maison à deux étages. Les travaux portaient sur la mise aux normes techniques, le renforcement de la structure ainsi que la réhabilitation des sols, murs, portes, fenêtres et escaliers. Avec l’intention marquée de rester le plus proche possible de l’architecture et de la construction originels.

(Photo : Aurélien Brusini)

C’est par un grand nettoyage que l’aventure débute en juillet 2020 pour dégager les matériaux d’origine dissimulés sous le placo et les couches d’enduits divers. Comme le précise David, « des opérations essentielles pour comprendre l’intention des constructeurs et rénover dans le respect de leur travail avec des matériaux appropriés. »

L’autre objectif était de récupérer et de réutiliser un maximum d’éléments du bâti.

Après des heures de décollage, de grattage et de raclage, les briques sont mises à nu et les coffrages en bois pleins de mortier apparaissent. Ce système constructif parasismique permet de supporter des contraintes énergiques élevées. Le curage permet d’évaluer l’état du bois (termité) et d’identifier les parties à réparer. Le pin nordique utilisé pour les plafonds et les structures s’avère sain. Il date, pourtant, du début du XXe siècle.

TRAIT D’UNION ENTRE TRADITION ET MODERNITÉ

Lors de notre rencontre, David revient souvent sur la conception intelligente de ce type de maison typique des climats tropicaux humides. Aussi l’équipe s’est-elle attelée à restituer la ventilation naturelle et à recréer la fraîcheur du patio, générée par un petit jardin intérieur et une fontaine typique de l’époque. Afin de réguler l’humidité, des rigoles (sous grilles) sillonnent le sous-sol du patio et drainent l’eau pluviale vers des caniveaux extérieurs, arrosant au passage le jardin créole… Ce dispositif et la ventilation participent à la déshumidification des murs porteurs.

Le Patio 19 (Photo : Aurélien Brusini)

L’architecte ajoute que pour aller jusqu’au bout de leur démarche, aucun plastique superflu n’a été ajouté dans la maison. Le parti pris a été de faire cheminer les câbles électriques dans des grilles métalliques suspendues. Ce dispositif rappelle que la maison a été conçue sans électricité, et apporte une touche industrielle. Les grilles de protection des fenêtres poncées, traitées et repeintes en noir ajoutent à cette déco à tendance industrielle.

Au sol, les carrelages en ciment ont été conservés. Sauf dans le patio, où des carreaux en terre cuite ont été choisis pour leur propriété de régulation thermique et pour la sobriété de la matière et de la couleur.

(Photo : Aurélien Brusini)

L’escalier intérieur d’époque a été débarrassé de six couches de peintures. A l’étage, pas de fenêtres sinon des volets en bois – récupérés et laissés bruts après traitement – qui, une fois ouverts sur le patio, favorisent la ventilation naturelle et la perception du murmure de la fontaine. Le toit-terrasse existait déjà, il suffisait de refaire l’étanchéité du sol et la sécurisation périphérique.

(Photo : Aurélien Brusini)

Des éléments récupérés décorent la maison, comme des châssis usés et des portes fatiguées, que les étudiants du campus caribéen des arts ont détourné de leur code en les accrochant au mur.

Le Patio 19 un melting-pot très culturel !

« La maison nous a parlé, nous avons eu la sensation qu’elle avait été construite favoriser l’échange. Cette vocation s’est imposée commeune évidence et nous voulons la perpétuer. Dans le cadre de l’association, nous y inscrivons un programme d’animation et d’organisations culturelles (expo, projections, …) autour du développement durable socio-urbain », confie David.

Le premier étage s’ouvre sur une salle d’exposition et le bureau de l’association, la salle de coworking située au 2e étage jouxte la terrasse avec un accès au petit rooftop inondé, chaque soir, par les derniers rayons du soleil ! Exposition en cours de Jean-Marc Bullet, designer, éco-concepteur engagé pour la planète, son environnement et ses habitants.

Daniel Rollé

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