Edifices publics – Le chaos et la reconstruction

Les architectes des bâtiments publics aux Antilles ne se sont pas facilement laissé tenter par les codes de l’architecture créole. Il a fallu que la nature déclenche des événements ravageurs pour qu’enfin les bâtiments publics se « créolisent ». Présentation de deux de ses fleurons par Jean-Michel Guibert, ancien architecte des Bâtiments de France.

Jean-Michel Guibert s’interroge : « Peut-on parler d’architecture créole en ce qui concerne les bâtiments publics ? Parce que pour moi, cette architecture semble essentiellement vernaculaire. Cependant… ». C’est dans ce « cependant » que l’architecte va développer la réponse à sa question. Car, oui, il y a eu des étapes importantes qui ont bouleversé l’architecture des monuments publics, en Guadeloupe. Il y a eu d’abord le séisme de 1843 et le terrible cyclone de 1928 qui ont quasiment tout détruit, mais qui ont été à l’origine de deux révolutions architecturales majeures.

L’église Saint-Pierre et Saint-Paul à Pointe-à-Pitre

Complètement détruite par le séisme, il a fallu la reconstruire du sol au clocher. Le casse-tête pour les architectes a été de trouver une solution fiable pour qu’elle résiste et reste debout contre vents et marées. « Ils ont inventé une méthode parasismique, en avance sur son temps et résolument moderne. La structure métallique faite de poteaux et de charpentes métalliques a été séparée du mur de maçonnerie traditionnelle de pierre et de chaux qui a été renforcé par une double armature de fer. Ces architectes venaient, en fait, d’inventer une forme de maçonnerie armée qui annonçait la naissance du béton armé », précise Jean-Michel Guibert.

Assemblée à la grande messe dans la cathédrale Saint-Pierre et Saint-Paul à Pointe-à-Pitre.

Ali Tur…

En 1928, le cyclone et le violent raz-de-marée qui a suivi détruisent, en Guadeloupe, l’essentiel des bâtiments faits de pierre et de bois. Un architecte nommé Ali Tur est missionné par le gouvernement pour reconstruire des bâtiments publics, mais aussi privés, en Guadeloupe. Il écrira plus tard : « Le Gouvernement nous donna mission d’étudier le problème de la reconstruction des édifices gouvernementaux. L’habitation ou le palais doivent donc, l’une comme l’autre, pouvoir être nuit et jour ventilés… Des auvents…abriteront les ouvertures des rayons du soleil ».  Ali Tur développe un style très marqué pour son époque et impose comme élément emblématique de son travail le Palais du gouverneur qui deviendra la préfecture, à Basse-Terre.

L’église Saint-Jean-Baptiste de Baie-Mahault (en Guadeloupe) est une église catholique. Œuvre de l’architecte Ali Tur réalisée en 1931, elle est classée aux Monuments historiques en 2017.

Comment se fait-il qu’en dix ans, Ali Tur ait réussi à révolutionner si profondément l’architecture de la Guadeloupe ? « Parce qu’il a travaillé avec des architectes locaux qui ont continué son œuvre sur place et qui ont marqué les années soixante », explique l’architecte. Pendant qu’Ali Tur bouleversait les codes en Guadeloupe, la Martinique restait adepte des styles néo-classiques, plus consensuels, en continuant à priser les colonnes, fer de lance de l’architecture du 19° siècle, comme en témoigne la très emblématique préfecture de Martinique, construite en même temps que le Palais du gouverneur, en Guadeloupe.

L'architecture néo-classique de l'hôtel de préfecture de Martinique, à Fort-de France.
L’architecture néo-classique de l’hôtel de préfecture de Martinique, à Fort-de-France.

Texte : Aimée Petit

Photos : Aurélien Brusini

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