Propos recueillis auprès de Carolle Chatot-Henry, Gériatre

Créola : Plus de 6 semaines de confinement, ça change une personne, qu’en pense le médecin que vous êtes ? Quels sont les effets physiques et/ou physiologiques de cette obligation de rester chez soi ?

Carolle Chatot-Henry : Le changement est indéniable, perceptible ou pas, nous ne ressortirons pas identique après cette expérience de confinement. En exemple, les effets physiques ont été décrits dans la presse avec une prise de poids de 2,5 kg en moyenne ! C’est dire que la sédentarité transforme une silhouette habituée à arpenter les rues des villes. Outre le retentissement psychique, la situation vécue « hors norme » a engendré pour toutes les populations confinées la perte d’une condition physique liée à tous nos efforts quotidiens, notre pratique sportive, notre hygiène de vie entravés. D’après l’Académie nationale de médecine française, la perte de la masse musculaire est de 3,5 % à 5 jours d’inactivité. Ainsi les conséquences, liées à l’amyotrophie, seront plus perceptibles chez les personnes âgées, où la perte d’autonomie induite pourra être à l’origine de chutes et de fractures.

C. : Et maintenant avec l’annonce du « déconfinement » nous devrions nous sentir heureux d’être à nouveau libre de circuler, certains ressentent pourtant une certaine appréhension, pourquoi selon vous ?…

C. C.-H. : La problématique sanitaire n’est pas encore résolue, deuxième vague ou pas, ce danger invisible lié à une nanoparticule est pourtant bien réel. Pas de traitement curatif à l’heure de l’écriture, pas de réelle prévention, pas de liberté de circuler librement avant plusieurs mois, un deuil pour les personnes touchées difficile à accepter dans les conditions drastiques vécues, les séquelles de la maladie « Covid » pour d’autres, les pertes d’emploi et l’ensemble d’une reprise quotidienne reposant sur une distanciation sociale à respecter. Inhabituels repères qui pourraient sous-tendre une méfiance, non ? Donc loin des paramètres d’une société qui formeraient un équilibre serein.

C. : Quels conseils donneriez-vous pour aborder au mieux cette « rentrée » dans la vie à l’extérieur de chez soi ?

C. C.-H. : Il s’agit quand même de la « sortie du tunnel », même si beaucoup d’inconnu demeure. Pour ceux et celles qui ont eu la chance de traverser ces turbulences sans encombre, « retrouver la lumière de l’extérieur » reste un moment unique à vivre pleinement et à pleins poumons (sans jeux de mots !). L’instant présent en quelque sorte. Pour ceux qui n’ont pas eu cette chance de sortir indemne de cette crise socio-sanitaire, viser un retour à l’équilibre physique et psychique doucement et sûrement, par une positivité de tous les moments à venir.

C. : En plus des « mesures barrières » dont on parle beaucoup, y aurait-il d’autres gestes, comportements, habitudes à adopter ?

C. C.-H. : Je crois qu’avec cette « crise sanitaire mondiale » qui prouve bien notre dépendance géopolitique les uns aux autres, et donc la précarité des relations diplomatiques internationales, un retour aux sources, c’est à dire à notre essence même d’exister, donnerait un sens « bénéfique » à la vie. Le quotidien, qui nous a « échappé » pendant 6 semaines, est peut-être à vivre plus profondément… les décisions à prendre sans lendemain les choix à prioriser dans l’idée d’un bien-être.

Toute cette période de confinement, qui démontre bien la fragilité et l’inconstance de la vie, pourrait être un tremplin pour espérer le « mieux » pour nous-même et donc, indubitablement pour l’autre et pour la planète. L’altruisme reflétant l’indispensable maillon universel.

C. : Les chiffres indiquent une décrue de la pandémie, mais la situation de crise sanitaire reste à l’ordre du jour. Difficile de s’y retrouver sereinement… comment faire pour s’apaiser aussi psychologiquement ?

C. C.-H. : Dans mon blog familyevasion.com, j’ai abordé à différentes reprises, l’aspect psychologique du confinement ; une psychologue a d’ailleurs partagé des conseils pertinents aux parents… De mon côté, j’ai abordé des items larges pour espérer « apaiser psychologiquement ». Ainsi la méditation, les exercices d’attention, les jeux intellectuels ou physiques, les étirements… nombre de ces activités ont été détaillées. Les commentaires, en retour, ont d’ailleurs été très enthousiastes !

C. : Faut-il craindre un nouveau confinement et que faire chacun à sa mesure pour éviter cela selon vous ?

C. C.-H. : L’idée d’un nouveau confinement partage les scientifiques : immunité ou vaccin pour certains, évènement sporadique pour d’autres, personne n’a encore la réponse. La distanciation sociale est certainement une réponse de première heure à cibler dans cette période bercée d’inconnus.

C. : Nos aînés semblent les plus touchés, car « personnes vulnérables » ils sont d’autant plus mis à l’isolement… comment les aider malgré tout ?…

C. C.-H. : Comme écrit ci-dessus, une situation de confinement de 4 à 6 semaines provoque un déconditionnement musculaire délétère pour la santé de nos seniors. Donc la première chose à préserver est cette capacité de bouger. Même sur une chaise, dans les escaliers, sur la terrasse, tous les mouvements seront les bienvenus pour optimiser des capacités de mobilité. Beaucoup d’associations, de sites internet, d’aides familiales, de mutuelles ont cette orientation vers l’exercice physique au cœur du « bien vieillir ».

Faire un pas et espérer « faire le tour du monde » ! Car nul ne connaît le lendemain.

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