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Alexandre Lenoir, peintre en émoi

Ce que nous offre Alexandre Lenoir est « une peinture de l’expérience », une invitation à pénétrer son univers, celui des Antilles qui lui inspirent trois mots : mémoire, enfance, grand-mère.

« Je singe l’imprimante, la photographie. J’ai foi dans une image qui n’existe pas, qui va prendre du temps », s’amuse Alexandre Lenoir dans la nuit artificielle de son atelier. Installé depuis 2019 dans les anciens locaux d’Universal Studios à Anthony, en région parisienne, il se déplace de salle en salle, d’histoires intimes en souvenirs revisités, pour suivre l’avancée de ses toiles sur lesquelles s’affairent de nombreux « collaborateurs manuels », comme il les dépeint lui-même. Car Alexandre n’a pas l’âme de l’artiste ténébreux solitaire. « Ma peinture n’est pas du tout intellectualisée. Son enjeu est davantage une expérience de vivre ensemble, un travail de mémoire, de filiation. Mon approche de l’art est très connectée à l’humanité et je suis convaincu qu’on n’a pas besoin d’être artiste pour faire de l’art ». Sa passion artistique se partage donc avec tout un chacun sans entrave, dans le geste et par le geste, le truchement du groupe dont les membres néophytes, iconoclastes et sensibles participent tous de cette même énergie vitale et créatrice dont naissent les « œuvres d’art » : ces productions douées du pouvoir de susciter l’émotion, la question, l’introspection.

Lamelles de papier

Le procédé inventé par Alexandre Lenoir est singulier. Toiles grands formats tendues au mur sous le faisceau de vidéo-projecteurs, les petites mains des collaborateurs collent et décollent inlassablement des milliers de fines lamelles de papier autocollant, occultant ou libérant tour à tour des zones de lumière à peindre dans une couche de lavis primaire uniforme, tout en transparence et porosité. Au fil des semaines, des mois parfois, les lavis se superposent, donnant corps, intensité et nuances aux sujets. « J’ai une relation à la révélation. Je ne maîtrise pas mais, irrémédiablement, je me réapproprie. C’est un travail très autobiographique. Plus je me connais, plus je fais de la peinture… et plus je me connais ». Tous ses sujets entrent en effet en résonance avec son enfance ou sa vie proche. Ici sa mère… Là sa cousine… Plus loin, la rencontre de ses parents en Guadeloupe… « Quand j’étais petit, j’allais régulièrement en Guadeloupe. Ma grand-mère habite à Trois-Rivières dans une maison qui a toujours été ouverte. Ce contact intérieur/extérieur est très important pour moi. A l’atelier, j’essaie de retrouver cette fluidité. Cela évoque pour moi cette chaleur, cette humidité aqueuse et volcanique. Je représente ces moments ou ces personnes proches dans ce qu’ils sont. Ce n’est pas une représentation directe, plutôt du vécu, des sensations, des fragments de vie qui s’incarnent sur la toile ». Une superposition profonde de pigments et d’humeurs pour nous mettre, tous, en émoi.

Pour suivre le travail d’Alexandre Lenoir cette année, il fallait être à Los Angeles en février, Genève en mars, Art Basel (Hong-Kong) en avril. Prochain rendez-vous à Shanghai, en septembre. Ou sur www.alminerech.com

Texte : Véronique Brusini 

Photos : Aurélien Brusini

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Un hamac assis dans mon jardin

Hamac assis, fauteuil suspendu ou chaise hamac : autant de termes pour désigner cette fabuleuse assise aérienne qui invite à la sieste, au bavardage ou à la contemplation.

On aime son confort, son esthétique et le bien-être qu’il promet. Voici un appel à la détente, au cocooning en plein air. Un coup de cœur. L’idée du hamac assis signé ZigZag vient du Panama : là-bas, ce type de siège est un incontournable. Création guadeloupéenne, les hamacs assis ZigZag misent sur la qualité : tissu Sunbrella d’une grande résistance (anti-UV et anti-moisissures, traditionnellement utilisé pour équiper les bateaux), fil anti-UV et œillets en inox. Les portants sont en bois flotté, bois péyi ou bambou d’ici.

Les hamacs sont réglables : on peut discuter et grignoter les pieds au sol, ou incliner le hamac vers l’arrière pour quitter le sol et se laisser aller au gré du vent. Un anneau textile de chaque côté du hamac permet de bloquer la position choisie. Un hamac assis s’installe où l’on veut : en forêt, sur une plage, en terrasse d’une maison ou d’un café…

Le plus : habillage en jean, wax… sur commande, pour intégrer parfaitement le hamac à votre espace.

Instagram : Zigzagwada

Contact : 06 90 29 15 05

Expédition possible.

Photos : Lou Denim

Mannequin : Kelly

 

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Grégory Privat, un pianiste envoûtant

Le jeune pianiste, compositeur et chanteur martiniquais a croisé les chemins de Jacques-Schwarz-Bart, Guillaume Perret et Sonny Troupé. Puis l’album Thales of Cyparis, inspiré de l’histoire de louis Auguste Cyparis, l’unique prisonnier survivant de l’irruption de la Montagne Pelée, en 1902, l’a propulsé parmi les figures montantes de la nouvelle scène jazz. On se souvient aussi de son duo avec Sonny Troupé avec l’album Luminescences avant que  Grégory Privat crée son propre label : Buddham Jazz.

Avec Yonn, son dernier album sorti dans les bacs en début d’année, il se lance en virtuose et en solo. C’est en effet la première fois que le pianiste propose un disque piano solo. Onze titres d’un jazz épuré, très addictif qui évoque à la fois le voyage, la mer et un cheminement intérieur profondément inspirant comme l’annoncent les titres des morceaux : Pa Pléré, l’Horloge créole, Respire, J’ai oublié les mots… Un album lumineux qui vous met en suspension et vous maintient-là jusqu’à la dernière note.

Yonn est sorti fin janvier 2022 sur le label du pianiste, Buddham Jazz

Un extrait de Yonn :

Texte : Aimée Petit

Photo : @ Roch Armando

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De la verveine pour que la nuit soit douce

Sa consommation quotidienne favorise le calme et le sommeil, mais aussi l’équilibre digestif et l’amélioration de l’état grippal. Vous avez deviné ? Il s’agit de la verveine blanche.

Queue de rat

Si plusieurs variétés de verveine existent dans la Caraïbe, l’une d’elles est très utilisée : la verveine blanche. Appelée aussi verveine queue de rat, du fait de la forme de son inflorescence, elle pousse habituellement au bord des chemins et dans les jardins créoles.

Originaire d’Amérique tropicale, elle est plus présente dans les Petites Antilles que dans les Grandes Antilles. Inscrite dans la pharmacopée française, la verveine blanche (ou stachytarpheta jamaicensis) bénéficie d’une reconnaissance internationale.

La verveine blanche est traditionnellement utilisée pour diminuer certains troubles intestinaux et lutter contre les états grippaux. Mais ce n’est pas tout, évidemment. Car dès que l’on évoque la verveine, on pense au sommeil… La verveine favorise en effet le calme, la relaxation et l’endormissement. Si vous souffrez d’insomnie, il est recommandé de vous préparer une infusion mêlant feuilles de verveine blanche et feuilles de corossol – réputées aussi pour leur action légèrement sédative.

Et dans mon assiette ?

Les feuilles de la verveine blanche sont comestibles : elles se préparent comme les épinards ! Revenues à la poêle, bouillies ou en calalou. On apprécie aussi l’esthétique des fleurs, mais aussi leur goût, légèrement sucré – des fleurs qui égaient les salades de leur blanc lumineux. Au jardin, elles font le bonheur des colibris, qui raffolent de leur nectar.

Infusion

Pour préparer une infusion, il suffit de faire frémir de l’eau, éteindre le feu et jeter une poignée de feuilles. Laisser infuser dix à quinze minutes.

Usages 

Céphalées (maux de tête) : cataplasme de feuilles

Coliques intestinales : jus de verveine ou infusion

Nervosité, insomnie : infusion des feuilles

Etats grippaux : infusion des feuilles

 

Merci à 100% Zèb pour ses précieuses informations. (FB 100% Zèb-Plantes aromatiques et médicinales caribéennes)

Texte: Julie Clerc 

Photo: Aurélien Brusini

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Quand Marijosé Alie rencontre Aimé Césaire

L’idée vient pendant le confinement. Un ami lui propose d’écrire un ouvrage sur ses entretiens avec Aimé Césaire, réalisés entre 1983 et 2007. Oui, Marijosé Alie écrirait un livre, non une étude sur Césaire, mais une restitution de ces entretiens, une rencontre avec l’homme dans toutes ses complexités. Avec l’homme d’abord.

Comment a évolué votre relation avec Aimé Césaire ? Il y avait une certaine méfiance de sa part, au début, en 1983, quand vous avez commencé à l’aborder, en tant que journaliste. Et puis la confiance est arrivée…

Mariejosé Alie : Au départ j’ai eu vraiment le sentiment que je n’y arriverais pas, l’histoire de la relation de Césaire avec la presse était frelatée, traumatique et aux antipodes de ce que j’avais appris de ce métier de journaliste… Pendant des décennies, Césaire ayant été considéré par le pouvoir en place à Paris comme quasiment un suppôt de Satan, communiste, rebelle, anticolonialiste bref totalement incontrôlable et dangereusement adulé par son électorat. Césaire donc avait été tenu bien éloigné des micros, caméras et papiers par une presse qui était, il faut bien le dire, aux ordres… Ceux qui ne l’étaient pas, comme la presse d’opinion, le journal Justice par exemple, l’organe du parti communiste local, lui avait taillé un tel costard quand il avait quitté le parti, le traitant de traitre et de vendu, que finalement les plumitifs de l’instantané, les donneurs d’informations ou d’actualité réveillaient chez lui une instinctive allergie… Il pensait que rien de bon ne pouvait arriver de ceux qui se précipitaient dans le récit du quotidien.

Il y avait donc chez Césaire une méfiance totale vis-à-vis de la presse, or j’étais journaliste et c’est en tant que telle que je souhaitais me rapprocher de lui.

En face de cette méfiance, je n’avais à proposer que ma sincérité. J’étais totalement curieuse de savoir qui il était, pourquoi, comment il avait écrit et la fulgurance de ses intuitions poétiques, politiques, humanistes me semblait comme la caverne d’Ali Baba, source d’inépuisables richesses…

Je ne le savais pas, mais c’était mon atout, Césaire n’a jamais pu résister à un vrai désir de savoir. Le professeur qui sommeille en lui a toujours eu envie d’éduquer, de partager, de satisfaire le désir d’apprendre. Bien plus qu’à l’admiration inconditionnelle et béate il répondait présent aux questionnements, aux interrogations sincères et non partisanes.

Alors je suis arrivée avec mon calepin, toutes mes questions qui interrogeaient l’homme, le poète, le dramaturge, mais aussi la vie et je crois que c’est cela qui a marqué le début de nos échanges, le début de la confiance.

Et puis j’étais jeune, insolente, très déterminée, j’avais le sentiment de réparer une injustice, fondatrice de toutes nos aliénations, donc de toutes nos misères morales et intellectuelles, et j’ai utilisé un subterfuge qui était sans doute effronté, mais assurément une mise en abyme journalistique que je ne conseillerai à personne… Mais cela, on le découvre dans mon livre…

Alors pour répondre à votre question, oui il a eu au départ beaucoup de méfiance, mais cela n’a pas duré longtemps et la confiance qui s’est installée ensuite a duré jusqu’à la fin de sa vie. Pour faire simple, je crois qu’on s’aimait vraiment beaucoup. En tout cas j’avais pour lui, en plus de l’admiration et du respect, une immense tendresse.

 

Aimé Césaire vous raconte cette première rencontre incroyable dans les couloirs du lycée Louis-le-Grand, à Paris, avec Léopold Sédar Senghor. Comment vous parlait-il de leur amitié et de leur complicité intellectuelle ?

Je crois que la rencontre avec Senghor a été pour Césaire une révélation et un détonateur.

Une révélation, car en croisant dans les couloirs de la Sorbonne ce petit homme noir dont « un encrier heureusement vide pendait à la ceinture », il s’est senti moins seul dans l’univers, dans ce monde de blancs qui rongeait les esprits dans son pays de Martinique. Il réalisait en regardant, en entendant Senghor que d’autres fraternités étaient possibles et que partager l’excitation intellectuelle pour les grands auteurs et philosophes occidentaux n’impliquait pas forcément que l’on perde son âme.

Il avait en face de lui, me dit-il, quelqu’un qui n’avait aucun doute sur ce qu’il était : un Africain, un citoyen d’un immense continent détenteur d’une culture puissante ingommable, pour qui la colonisation était une horrible péripétie de l’histoire de l’humanité, mais une péripétie que le temps, les révoltes, le bon sens finiraient par éradiquer. Lui l’Antillais se sentait plus incertain, plus vulnérable, plus flou, tenté par un assimilationisme qui était en train de bouffer aux mites toute sa génération.

Cette rencontre l’a conforté dans l’idée qu’il y avait au fond de lui ce nègre fondamental qui avait besoin d’être et de dire sa parole universelle pour que le monde soit monde. Ensemble et plus tard avec Damas il a inventé le concept qui mettait l’homme noir debout alors que partout dans le monde il était bousculé par la colonisation, l’apartheid, la ségrégation. Ce n’était pas rien la négritude ! Comme dit Césaire, le début d’un processus et en aucun cas son aboutissement.

Oui, je crois que sans Senghor le chemin aurait été plus hasardeux, plus douloureux, moins lumineux.

Aimé Césaire poète disait que la poésie est nécessaire par temps de détresse. Il disait que le combat pour la dignité n’est jamais terminé. Il voyait une sorte de découragement de l’homme noir devant les réalités du monde moderne. Un découragement face au racisme aussi ?

Non, je ne crois pas qu’il y ait en Césaire la peur du découragement de l’Antillais, plutôt la hantise d’un baisser de bras qui débouche sur l’arrivée du n’importe quoi. Je pense qu’il était persuadé qu’il nous fallait une vigilance hors norme de tous les jours, de tous les instants pour garder le cap difficile d’être ce que nous sommes sans pour autant rejeter l’autre et sa différence… Il avait pour nous je crois l’ambition d’une sorte de perfection qui maîtrise les colères, tient la haine à distance et nourrit une dignité verticale… Ce n’est pas simple quand, comme lui, on est suffisamment visionnaire pour sentir toutes les embûches, tous les pièges, tous les problèmes auxquels on va être confronté…

Alors oui, par temps de détresse, mais aussi par tous les temps la poésie est salvatrice pour dire l’indicible. J’ai été frappée par la violence de ses vers où les odeurs de putréfaction de nos déchéances suintent au bout de sa plume, et la douceur de son être, la rondeur de ses gestes quand il rencontre les autres et s’intéresse à eux, à leur famille, à leurs ascendants : « ha donc tu es le petit fils de untel qui lui-même était etc… et sais-tu que ta commune a été la seule, etc. » Voilà tout un savoir de proximité qui est le maillage même du lien qu’il tissait avec les autres.

 Quel est cet homme qu’Aimé Césaire appelait « L’homme universel ? »

Je crois que c’est chacun de nous, ce particulier qui grâce à l’authenticité, à la vérité de son cri s’élève à l’universel, car l’universel est une somme d’humanités exprimées. Je me souviens de cette anecdote survenue alors que je me rendais en taxi à France 2 le jour de la Panthéonisation de Césaire. On m’avait demandé de venir sur le plateau commenter l’événement. Le chauffeur de ce taxi était un homme des pays de l’Est, je dirais Yougoslave à son accent. A la radio on parlait du futur panthéonisé et le chauffeur m’a demandé : « c’est qui ce Césaire dont on parle sans arrêt ces derniers temps ? ».

 

Entretiens avec Aimé Césaire

Marijosé Alie avoue qu’elle a suivi, qu’elle a même poursuivi Aimé Césaire, pendant des années, résolument. Alors que Césaire était décrié par ailleurs, elle sentait que sa pensée était essentielle et cette pensée la mettait en appétit. D’où leur durable complicité. Et d’où la vertu essentielle de ce livre : il nous amène au plus près de l’écrivain, de l’homme politique et visionnaire. Entre autres de ses combats, il y a eu cette recherche d’identité, difficile, douloureuse dont Césaire dit « qu’elle permet à chacun de prendre possession de lui-même ». Cette quête est peut-être encore au cœur des révoltes qui secouent les Antilles, aujourd’hui. Il les avait anticipées quand il disait que la politique menée aux Antilles préparait des « usines à colère ».

Marijosé Alie le cite encore : « Je sens, oh oui je sens qu’on est dans une époque de transition qu’on est en train de penser un monde nouveau qui doit faire le bilan et travailler à la naissance d’une nouvelle civilisation. J’aspire à la naissance de cette nouvelle civilisation, universelle, mais qui tienne compte de toutes les identités et assure à ses participants, la liberté, la responsabilité. »

Les textes sont inédits, l’écriture se déploie aussi agile et limpide que la pensée d’Aimé Césaire. Autre chance pour le lecteur, celle de pénétrer en toute discrétion dans l’intimité, la connivence intellectuelle et affective de ces vingt-cinq ans d’amitié.

Marijosé Alie. Entretiens avec Aimé Césaire. HC Editions

Rencontre : Aimée Petit

Photo : Alexandre Lacombe

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Arnaud Dolmen, le batteur antillais nominé aux Victoires du Jazz 2022

@Cédrick Isham

Le batteur et compositeur Saintannais poursuit sa fulgurante ascension. S’il cumule déjà les distinctions – « Révélation de l’année 2017 » (Jazz Magazine), « Top 5 des meilleurs batteurs de 2021 » (Jazz Magazine et Jazz News) – , sa nomination aux Victoires du Jazz 2022 est désormais officielle, aux côtés de Julien Alour (trompette) et Léon Phal (saxophone) dans la catégorie « Révélation ». Le verdict du jury sera divulgué en juillet prochain.

Cette nomination, bien que remarquable, n’est pas réellement surprenante au vu de son brillant parcours. Il faut savoir qu’Arnaud Dolmen – qui a déjà joué sur plus de 80 albums ! – fait partie des artistes de jazz les plus plébiscités de sa génération.

Originaire de Sainte-Anne (Guadeloupe), il étudie le ka dès l’âge de cinq ans, puis la batterie à l’Atelier Marcel Lollia sous la direction de Georges Troupé. Dès l’adolescence, il révèle son talent au sein de l’orchestre Kimbòl. En 2008, fraîchement diplômé de l’école Dante Agostini (Toulouse), il débute sa carrière professionnelle aux côtés d’artistes caribéens tels que Soft, Franck Nicolas ou encore Dédé Saint-Prix. Fin 2009, il s’installe à Paris et multiplie les rencontres, collaborations et sessions d’enregistrements l’entraînant en tournées partout en France et à l’international.

Arnaud Dolmen en concert avec son quartet au Festival Jazz à la Villette (2019). © CA. Trégouët

Avec un tel rythme de vie, il parvient à sortir son premier album « Tonbé Lévé » en 2017. L’opus sera accueilli à bras ouverts par le public et la critique, et le propulsera, selon les médias spécialisés, au rang des artistes les plus intéressants de sa génération. Parmi ses créations de jazz contemporain fusionnées aux rythmiques caribéennes dont celle du Gwoka, figurent des invités de renom tels que le pianiste Mario Canonge ou le guitariste Lionel Loueke.

Après de nombreuses représentations aux côtés de Jacques Schwarz-Bart, David Linx, Bojan Z, Samy Thiébault, Olivier Ker Ourio, Alfredo Rodriguez, Naïssam Jalal ou Laurent de Wilde, il signe un deuxième album, « Adjusting », sorti en ce début d’année chez Gaya Music. Fort de ses quinze ans de carrière, Arnaud y révèle un peu plus encore sa personnalité profonde.

© Tiwel

Par téléphone depuis le salon Jazzahead en Allemagne, il nous décrit son nouveau concept : « Adjusting est un message personnel dans lequel j’ai tenté de retranscrire un sentiment, une émotion liée à mes nombreuses rencontres, pérégrinations et découvertes musicales. Ces expériences et échanges obligent à « s’ajuster » en permanence à l’autre, à s’accorder entre musiciens de cultures différentes pour mieux se comprendre, mieux se connaître et donner le meilleur de soi-même. » 

« Adjusting » offre ainsi un véritable voyage.

Libres, originales, parfois intenses (The gap), parfois beaucoup plus douces (Ti moun gaya) les douze pistes traduisent la grande ouverture d’un esprit cosmopolite et manifestement jazzy. Complexes, les remarquables polyrythmies sont affirmées et restent teintées de références à son héritage caribéen. Les musiciens et invités sont nombreux : Moonlight Benjamin (voix), Naïssam Jalal (flûte), Leonardo Montana (piano), Samuel F’hima (contrebasse), Francesco Geminiani (saxophone), Ricardo Izquierdo (saxophone), Adrien Sanchèz (saxophone) et Vincent Peirani (accordéon).

Le véloce Saintannais qui a reçu la médaille d’honneur de sa ville natale le 10 avril dernier, sera de retour en Guadeloupe en juin prochain dans le cadre de la manifestation « Première rencontre autour du piano ».

Couverture de l’album Adjusting. © Guillaume Saix WebmyArt

Ecoutez « The Gap (Studio session) » ici :
https://www.youtube.com/watch?v=-8po2SWulow&list=OLAK5uy_mlx_WYdybqkRdLFSH3Ak-shncxAPrDpu8

FB / Insta / Twitter : arnauddolmen
Arnauddolmen.com

Texte: Mathias Flodrops 

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La beauté créole radicale, by Gregory Assad

Grégory Assad a vingt-deux ans. Ce couturier de génie originaire de Saint-Pierre présente sa nouvelle série, « FANTASY ISLAND ». Un shooting réalisé pour Créola au Cap Macré, en Martinique.

Il dit : « Enfant, j’étais attiré par le métier de créateur de mode. Je dessinais des silhouettes mixtes, du « falbala », des chaussures, des sacs. J’étais subjugué par les femmes chic, avec leurs talons hauts, et spécialement par les mariées ! » Grégory Assad officialise cette passion par trois ans d’études au sein de l’Ecole de la Chambre Syndicale de la Couture Parisienne (IFM). « Cette formation m’a permis d’imposer mon style et mon esthétique. » analyse le jeune designer.

Diplôme de styliste modéliste en poche, il sort sa première collection officielle, « NEW WAVE » : trente-cinq looks mixtes présentés lors d’un show digital. Une pré-collection automne hiver 2021 inspirée de sa culture créole martiniquaise. « J’ai réinterprété les codes, les Pierrotines/Pierrotins modernes ou futuristes, transposés dans un univers riche évoluant entre culture, luxe et savoir-faire, pour créer un « nouveau glamour ». J’ai retravaillé le madras, combiné avec des matières et des étoffes opposées pour donner vie à des propositions exclusives, fortes et intemporelles. »

Pour « FANTASY ISLAND », Grégory Assad travaille avec son ami et mentor Axle Jozeph, artiste et photographe de mode schœlcherois basé, comme lui, à Paris. « Nous voulions mettre en lumière l’infatigable nature luxuriante de Martinique, notre richesse. Et nous voulions porter, à notre façon, l’image d’une femme forte et délicate évoluant dans un univers paradisiaque, presque utopique. Il fallait, par la couture et le casting, sublimer cette beauté créole, radicale et solaire. Cette série, c’est l’idée qu’on pourrait se faire d’une déesse créole sur une île fantastique où tout est possible, à condition de savoir ce que vous souhaitez. »

Design: GREGORY ASSAD

Styling assistant: Bénédicte HENRY

Agency: Yourangelmodels

Model: Nomie GLONDU

Photographer: Axle JOZEPH

Photographer assistant: Matisse DUMAS 

Makeup: Clarissima_mq

Hair: two_pou

Nail: Maelys ASSAD

Light: Rosecult & kekelastreet

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Anse Grosse Roche à cœur ouvert

A l’aube naissante, le ciel pastel pleure sur un océan de laiton. Les caresses des alizés gagnent en intensité à mesure que nos pas rejoignent la trace des Caps – le sentier côtier qui relie la commune du Vauclin à Sainte-Anne – sur le Domaine de Grand Macabou.

La randonnée nous emmène à la rencontre des formations géologiques les plus anciennes de Martinique, des coulées de lave andésitique de 24 millions d’années avant notre ère et de lave basaltique de -19 millions d’années vers Grande Anse Macabou, au nord, aux dômes de dacite de -17 millions d’années au sud, vers le Cap Macré.

L’approche littorale est solennelle, suivant le petit chemin de croix de la chapelle Notre Dame des Roses, qu’on appelle aussi chapelle de la Vierge des Marins. Présence divine que de nombreux fervents saluent au passage, lieu intimiste et vivant pour une respiration sportive comme spirituelle face à un panorama époustouflant…

Le chemin vacille ensuite entre les cactus cierges ; la plage d’Anse Grosse Roche se dessine en contrebas, déroulant ses ourlets turquoise sur le sable blanc. Quelques crabes Touloulous font le gué sous les ombrelles des cocotiers, sentant soudain l’air s’humidifier et l’horizon s’effacer.

Le grain court sur le sable, fondant sur nous, semant vent et fureur dans ce paysage de quiétude romantique au parfum d’infini. A peine le temps de trouver refuge entre les palmes coiffées en tipi autour du tronc d’un jeune cocotier. Les flots iodés s’engouffrent à l’horizontal dans le sous-bois de raisiniers.

Leurs troncs ocres couronnés de larges oboles végétales aux camaïeux de verts vibrent d’une luisante intensité. Puis, le calme revient. L’océan miroite, le ciel s’entre-ouvre et un arc-en-ciel inonde la baie de mille nuances chatoyantes.

En point d’orgue au kilomètre de plage, la falaise du Cap Macré et son cœur percé naturel dont jaillit le feu solaire en fusion. Sous nos pieds nus, le sable, encore frais et tendre. Les vagues à lames bouillonnent sur le calcaire récifal et leurs embruns flirtent sur nos lèvres. Moment d’intense communion avec la nature, tous les sens en éveil, pour un nouveau jour sur Terre…

  PRATIQUE 

Niveau : facile

Accès : parking du Cap Beauchêne

Distance : 2 km

Durée : 1h

Point de vigilance : En plein soleil sur la majorité du parcours. Rouleaux parfois puissants.

Intérêt à proximité : Plusieurs boucles sont possibles à partir du même parking : boucle des Mornes, boucle Marie-Catherine, boucle de l’Etang Massel, trace des Caps.

A emporter : Crème solaire, maillot de bain, pique-nique suivant vos choix de sentiers.­

Texte : Véronique Brusini 

Photos : Aurélien Brusini

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Livre de Néhémy Pierre-Dahomey « Combats »

L’auteur haïtien Néhémy Pierre-Dahomey signe avec « Combats » son deuxième roman, après le succès de son 1er ouvrage « Rapatriés ».

Les décennies tentent sans relâche, avec une application scrupuleuse, d’occulter des pans entiers de l’histoire. Ce n’est que poudre aux yeux, l’histoire a tout retenu, elle attend son heure et parfois son auteur pour dire d’une voix claire ce qui a été.

La liste des drames vécus par Haïti est longue, mais il y en a un que l’auteur haïtien Néhémy Pierre-Dahomey ne veut pas laisser oublier : celui de l’indépendance d’Haïti, en 1842, que les pays colonisateurs lui ont fait payer au prix fort. Un prix énorme, si insensé et injuste que le pays en subit encore les effets néfastes aujourd’hui.

Avec Combats, le jeune auteur signe son deuxième ouvrage. On l’avait déjà remarqué avec Rapatriés, et sa langue directe, poétique, parfaitement juste. Il nous revient avec ce récit historique poignant, sans pathos, tout simplement cinglant et magnifiquement écrit. L’éditeur le précise : « En cette année 1842, Haïti vit des moments décisifs : première république noire de l’histoire moderne, l’île affronte les premières conséquences de la dette de l’indépendance imposée par la France. »

C’est autour du destin de deux frères que l’auteur articule son récit. Deux frères qui symbolisent la tragédie et les mécanismes de soumission et de compromission qui l’ont produite. Sans le savoir, les deux frères sont porteurs du drame, ils l’annoncent comme dans cet extrait : « L’heure est grave : il pleut depuis vingt-quatre heures. La pluie qui baillait au loin a fini par arriver. Au début, les vents balayaient de fines gouttelettes. Puis les jets ont déboulé sur les chaumes et les tuiles, faisant siffler l’air entre les volets et les battants de porte. Cela fait du bien à la chaux des murs, il n’y aurait aucune raison de s’en inquiéter, on pourrait même s’en réjouir, si les événements à la gaguère n’avaient pas coloré ces rafales d’une teinte étrange de mauvais présage. C’est la pluie habituelle qui arrose l’aigreur des hommes, comme si la météo guettait leur vie pour verser de l’eau là où montent les tensions. »

Un livre essentiel pour comprendre l’histoire et le présent d’Haïti.

 

Néhémy Pierre-Dahomey. Combats. Ed. Roman Seuil

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Des kiss spots en pleine nature !

Depuis quelques temps, des œuvres parsèment notre île, devenant, en un clin d’œil, des spots photos très tendance. Impossible d’ignorer ces structures, elles sont photographiées, partagées, diffusées et copieusement likées sur les réseaux sociaux.

Une des balançoires installées plonge dans l’eau turquoise de Anse Caritan à Sainte-Anne. Panorama sobre où le regard caresse le rocher du Diamant et la Femme couchée. Et que c’est beau ! Une autre balançoire avait été accrochée à un cocotier couché. Tout aussi beau !

Toujours à Sainte-Anne, l’Anse Michel s’est vu doter d’un nid d’oiseaux magistral où viennent se lover les visiteurs. Mieux, des professionnels ont carrément adopté ce site pour leurs shooting-photos. S’y blottir c’est se glisser dans une parenthèse enchantée, le temps d’apprécier la beauté panoramique des alentours.

Au Carbet, sur les hauteurs de Morne aux bœufs, une structure légère forme un cœur, un petit banc à partager sous des ailes végétales aériennes. Les romantiques y affluent, viennent arrêter le temps, face à l’océan. Là aussi, la vue vertigineuse mérite qu’on s’y attarde.

La magie de ces sites repose sur la mise en valeur harmonieuse de points de vue, mais aussi sur le soin apporté à la composition des installations dont le végétal fait largement partie.

Ils sont sept magiciens, amoureux de la Martinique, et emmenés par Christian Jean-Alphonse, initiateur du concept de Valorisation Martinique. Chris n’en est pas à sa première expérience. Il y a trois ans, avec l’aide d’un copain skipper, il assemble des bouts de bambou pour construire un radeau à la cascade Didier. Vite relayée sur les réseaux, l’information fuse et en moins de temps qu’il faut pour cliquer, les curieux se pointent, aiment et font le buzz !

Succès total pour cette idée toute simple qui n’a d’autre ambition, selon son créateur, que de faire sortir les Martiniquais de chez eux pour une escapade vers la cascade.

Le trentenaire avoue cette dimension à son « œuvre » : « mon ambition est de pousser les Martiniquais à redécouvrir leur magnifique île« . Fort de l’expérience du radeau, il récidive quelques mois plus tard avec l’organisation d’une chasse au trésor mettant en scène des balançoires. Le succès se renouvelle.

Et puis, jaillit l’idée de fabriquer des structures plus sophistiquées, plus abouties en suggérant des angles, des points de vue, des perspectives dans des spots de rêve.

Sublimer des endroits merveilleux, c’est ce que le collectif réalise depuis bientôt deux ans avec des structures végétales en cohérence totale avec la nature. Tel ce dernier élément au Carbet, qui n’est d’ailleurs plus la seule initiative du groupe, mais une demande de la mairie du Carbet qui souhaitait un immense cœur se fondant dans la nature…

Effectivement, seules des matières organiques composent les installations. De plus, régulièrement, l’équipe effectue des inspections afin de vérifier la sécurité des équipements.

Pas de doute, ces spots font rayonner notre île à travers ce qu’elle a de plus beau, de plus romantique, de plus magique. Sur les réseaux, « Valorisation Martinique » compte plusieurs milliers d’abonnés (18,3 K sur Instagram et 5000 sur FB). Christian, ravi, l’est encore plus quand il croise des promeneurs émus de (re)venir sur des endroits oubliés, abandonnés, banalisés. Aujourd’hui, amoureux, grands-parents et petits-enfants, touristes, randonneurs, curieux … se bousculent pour un selfie vite partagé sur les réseaux.

Ça vaut toutes les campagnes de pub pour l’île !

Un bémol ? Oui, Chris avoue qu’administrativement, c’est compliqué. Mais au lieu de le décourager, les remarques et demandes d’autorisation le galvanisent dans la poursuite de son projet, y compris dans le passage aux normes de ses anciennes structures.

Il recherche des lieux, répond aux mairies intéressées et continue à faire sortir les Martiniquais de chez eux !

Texte : Marlène François

Photos : Aurélien Brusini

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