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Là où poussent la canne et les hommes

Ramassage, Kann é Nonm, @Sandra Sulpice

« Kann é Nonm », c’est la nouvelle expo photo de Sandra Sulpice. Une immersion sensible au cœur des champs visible jusqu’au samedi 10 décembre au musée Saint-John Perse, à Pointe-à-Pitre.

Infographiste de carrière, Sandra Sulpice comprend très vite que l’image, les formes et les couleurs sont les outils qui lui permettront de retranscrire ses états d’âme et sa sensibilité. Elle explore la peinture, et épouse la photographie. Pendant trois ans, elle immortalise le travail que l’association A.M.E. (Action Mission Extérieure) mène en Haïti suite au tremblement de terre de 2010, puis décroche en 2015 un diplôme de technicienne audiovisuel à l’ESRA (École Supérieure de Réalisation Audiovisuelle) à Paris : le virage vidéo est pris.

Lors de ses voyages, Sandra expérimente « la patience, la faculté de garder ses distances et de s’approcher avec douceur des sujets afin de capturer des regards perdus, un sourire, une approbation, un échange, créer du lien, une complicité. » explique la photographe. Ainsi naît, chez elle, le goût de l’autre.

Montrer ce que les gens n’osent pas voir

Depuis 2019, Sandra Sulpice expose ses photographies. Une expo-hommage à nos aînés d’abord, à la médiathèque du Lamentin puis, du 5 mars au 9 mai dernier, elle participe à l’expo à ciel ouvert « Quand Sainte-Anne se raconte » organisée par l’association K’ARTayib, via des œuvres disséminées aux quatre coins de la ville dédiées aux personnages, femmes et hommes, qui animent et rythment le quotidien de Sainte-Anne par leurs activités, leurs histoires, leurs personnalités (retrouvez l’article en ligne : https://creola.net/fenetre-ouverte/quand-sainte-anne-se-raconte-une-expo-photo-ephemere-sur-les-facades-de-la-ville/)

Sandra Sulpice y trouve là encore une occasion d’étayer son travail sur l’humain, sujets  sociétaux à travers lesquels elle recherche le détail qui donne une dimension nouvelle à sa photographie. « Mon objectif ? Montrer ce que les gens n’osent pas voir, et faire réagir. » résume-t-elle.

Coutelas, Kann é Nonm, @Sandra Sulpice

« Après la maison, tu longes le terrain labouré sur ta droite, jusqu’au manguier, ok ? Tu verras une rivière. Tu passes sur le pont et tu poursuis la route bordée de canne à sucre, sur ta gauche.Toujours tout droit é ou ké tann nou ! » Il est 10h15. Me voilà seule, au milieu d’une végétation luxuriante. » se souvient-elle. « Les alizés caressent les feuilles des cannes et les font onduler, comme le mouvement des vagues de la mer. La chaleur est étouffante. Le chemin rocailleux et boueux que j’emprunte ne facilite pas une marche rapide. Alors mes pensées vagabondent et rejoignent les récits d’autrefois de papa Bolo, gonflés de souvenirs joyeux et douloureux à la fois des champs d’cannes, racontés quand il était de bonne humeur…

Après vingt minutes de marche, mon appareil photo à la main, je sais que je suis arrivée en entendant des voix et le bruissement des coups de coutelas sur la canne empaillée. Là, les tiges sucrées, couchées au sol, intensifient la lumière et le lieu est animé de rires, de « milans » , de « hon » à chaque coup de coutelas et même d’une radio essayant de se faire entendre dans cette cacophonie. Quelle ambiance !

Enfin, je me trouve au milieu de champs de canne où ne poussent pas seulement de la canne, mais aussi des hommes.

Pour certains, la coupe de la canne reste un métier dévalorisant, dégradant de par son histoire esclavagiste mais pour d’autres, c’est un travail noble qui symbolise la richesse du terroir et l’avenir. Travailler la canne, c’est renouer avec son identité, se réapproprier son héritage culturel. C’est aussi réhabiliter, humaniser cette profession.

Dans cette série de photos, alors que beaucoup s’exaltent devant le fruit de tant
de labeur, ce fameux « soleil liquide » comme disait Aimé Césaire, je veux mettre en exergue le dur travail d’hommes anonymes.
De la récolte au bouturage, en passant par le brûlage, la coupe de la canne à la force des bras, et le ramassage, tout est technique, réfléchi, calculé, organisé intelligemment. Le système de récolte mécanisé a débuté vers 1965
. Toutefois les gestes de ces hommes demeurent précis, rapides, kann ka volé an tout’ sens par leur puissance physique et leur dextérité !

Je vous invite à découvrir le courage et le savoir-faire des gens de la terre et également leur amour pour ces produits nobles qui sont la canne et le rhum… »

Sandra Sulpice

Brûlage, Kann é Nonm, @Sandra Sulpice

Où : Musée Saint-John Perse, 9 rue Nozière, à Pointe-à-Pitre.

Quand : du lundi au samedi de 8h à 12h30.

Texte : Julie Clerc

Photographies : Sandra Sulpice

 

Un air de fête

Des vacances, de la joie et des rires. Une longue respiration, une détente inspirante… Vous avez envie de vous faire plaisir et d’honorer votre corps. Alors pourquoi ne pas jouer avec les couleurs et les textures, vous enivrer de mariages d’étoffe imprévus et vibrer rien qu’au toucher ? Vous ne serez pas déçue par les nouvelles tendances lingerie, alliant couleurs pétillantes, lingeries confortables et sensualité.

 

Ensemble rouge Undiz (CC Milenis, Guadeloupe)

Nuisette LOVE noire : Etam (CC Destreland, Guadeloupe), Boucles d’oreille : Apparences, (Voie Verte, Guadeloupe)

 

 

Ensemble soutien-gorge rose, CorOsol (CC Milenis, Guadeloupe), Écharpe : Kiabi (Dothémare, Guadeloupe)

Bandeau wax Sharon Williams, Maré têt by Lucie, Ensemble soutien-gorge rose, CorOsol (CC Milenis, Guadeloupe)

Ensemble Kiabi (Dothémare, Guadeloupe) , Bijoux de pied mains et colliers : Apparences (Voie Verte, Guadeloupe)
Ensemble Kiabi (Dothémare, Guadeloupe), bijoux de pied mains et colliers : Apparences (Voie Verte, Guadeloupe)

 

Photos : Lou Denim

Styliste : Lucy Réunif

Maher Beauroy : quand le jazz devient transcendantal

Maher Beauroy, pianiste, auteur-compositeur-interprète martiniquais, nous invite à emprunter le pont musical qu’il lance entre l’Algérie et son île natale, à travers « Insula », son dernier album.

Donnez-lui un clavier, il en fera un plaidoyer, une ode à la liberté, à la fraternité entre les peuples. « Insula » – piste du deuxième album éponyme de Maher Beauroy – est un projet né de sa rencontre avec Redha Benabdallah, oudiste, guitariste et musicologue franco-algérien. Deux artistes aux vies et univers musicaux assez éloignés, qui pourtant fusionnent et se retrouvent dans les textes de Frantz Fanon, icône de la pensée anti-coloniale et tiers-mondiste, « ciment de nos pensées créatrices » comme aime à le dire Maher.

 

Sur les 88 touches noires et blanches courent ses doigts agiles, soudain se figent d’un commun accord, avant que le ballet digital ne reprenne de plus belle en circonvolutions caribéennes aux accents arabo-andalous. Les notes sont perlées, le phrasé feutré, rond, chaud, enveloppant de bienveillance l’appel au réveil des consciences et à la singularité affirmée.

Si le projet « Insula » a grandi au fil de répétitions libres comme autant de conversations musicales entre Redha et Maher, il s’est aujourd’hui étoffé, porté par un orchestre d’une dizaine de musiciens venus de Côte d’Ivoire, de La Réunion, de l’Hexagone, de Martinique et d’Algérie, sous l’égide de Tropiques Atrium Scène nationale à Fort-de-France. Et c’est la poétesse Florence « Flo » Baudin qui incarne – tout en sobriété mais avec force – les textes de Frantz Fanon, dont la résonance contemporaine sème le trouble. « Insula » est une ode, lumineuse et puissante, à bâtir de nouveaux ponts entre les cultures, dont respect et acceptation des différences sont les fondations profondes. Une musique comme nourriture de l’esprit, touchant à l’intime.

 

Texte : Véronique Brusini 

Photos : Aurélien Brusini

Clara Pinville, sucrée-salée

Vous aimez voyager, même immobile ? La cheffe Clara Pinville s’amuse à mettre tous vos sens en éveil, au restaurant Le Jardin des Envies. A la croisée des mondes, c’est sa cuisine en création qu’elle nous conte.

« C’est comme si j’étais tombée dans le chaudron magique dès petite ! », se souvient Clara Pinville. Sous la tonnelle chatoyante de la partie bar du restaurant défilent alors les images de la petite fille aidant son père restaurateur, de longues heures en cuisine. « J’ai eu très tôt, vers 8 ou 9 ans, le goût des mélanges de saveurs, des expérimentations gustatives. » Et c’est à croire que ce talent ne l’a plus jamais quittée, lorsqu’on salive à la simple lecture de sa carte. Pourtant, dans le cadre de ses études, la jeune Clara caresse d’autres desseins… « Je rêvais d’être infirmière et j’ai travaillé dur pour cela », confie-t-elle, les yeux brillants. Mais ses fondamentaux autour des fourneaux se rappellent à elle, une fois les études terminées et se manifestent sous la forme d’un grand manque.

« En 2013, je sortais de l’école et, cherchant du travail, je suis arrivée au Jardin des Envies, comme serveuse… » Elle tombe alors sous le charme de cet univers très coloré et végétal. Le jour où vient le besoin de renouveau en cuisine, malgré le défi, c’est tout naturellement qu’elle se lance, en autodidacte. Et ses créations rencontrent un vif succès ! Le lieu l’inspire et ses assiettes sont à son image : de vraies palettes de couleurs, au dressage très étudié, pour une osmose parfaite entre le fond et la forme. Allié à sa propension au sucré-salé, cela devient sa signature, saluée par une large clientèle « d’habitués ». Aujourd’hui associée à Annick Chevalier, propriétaire de cette adresse chères aux gastronomes, toutes deux se nourrissent de leurs voyages (en Amérique comme en Caraïbe) pour épicer leur cuisine surprenante tout autant que festive.

Le Jardin des Envies

Village de la Poterie, Trois Ilets, Martinique

  1. 05 96 38 23 32 / P. 06 96 10 34 00

Ouvert le midi : lundi, mercredi, jeudi, vendredi et samedi dès 11h30

Le soir : vendredi et Samedi de 18h30 a 21h30

Texte : Véronique Brusini

Photos : Aurélien Brusini

La Cheffe Clara Pinville dévoile sa recette de la Montagne Pelée

Temps de préparation : 30 min + marinade (24h) + cuisson souris (4h)

Difficulté : Moyen

Pour 4 personnes

Ingrédients

4 souris d’agneau

2 piments

1 oignon

1/2 1 de vin rouge à cuisiner

1/2 1 d’eau

1 càc de sel

1 càc de poivre

4 clous de girofle

 

Pour l’accompagnement

6 pommes de terre moyennes

1 càc de sel

4 bananes jaunes

20 cl huile

 

 

 

 

Pour la sauce

1/2 ananas

1 louche du jus de viande

5 càs de sucre de canne

40 cl de jus d’ananas

Sel, poivre

 

Les étapes

  1. Faites mariner 24h les souris d’agneau dans un bol avec le vin, les piments, l’oignon coupé en dés, les clous de girofle. Le lendemain, transférez le tout dans le plat qui va au four et ajoutez l’eau, le sel et le poivre.
  2. Enfournez à 170° pendant 4h en retournant les souris d’agneau toutes les 30 min.
  3. Cuisez les pommes de terre à l’eau en recouvrant d’eau et ajoutez 1 càc de sel.
  4. Épluchez les bananes jaunes et coupez-les en rondelles.
  5. Faites chauffer la poêle et ajoutez un peu d’huile. Faites frire les rondelles de banane et ajoutez-y de l’huile au fur et à mesure si nécessaire.
  6. Pour la sauce, versez le sucre dans une petite casserole. Laissez fondre et caraméliser. Ajoutez l’ananas préalablement coupé en dés et laissez dorer. Versez le jus de viande. Une fois que le sucre aura bien fondu, ajoutez sel et poivre et la mousse de jus de viande. Laissez cuire 10 min à feu doux.
  7. Écrasez les pommes de terre avec une noisette de beurre, dans une assiette creuse. Déposez au centre 2 cuillères et demie d’écrasé de pommes de terre ; disposez dessus l’équivalent d’une banane frite et disposez la souris d’agneau de façon à ce qu’elle tienne debout. Enfin, décorez avec des pousses de salade. Versez la sauce à table à l’aide d’une saucière.

Petit plus : si vous souhaitez faire des chips de patates douces, il vous faut peler les patates et faire des lamelles à l’aide d’un rasoir de cuisine. Puis plongez les lamelles 2 min dans une friteuse préchauffée à 190°.

Bonne dégustation !

Texte : Véronique Brusini

 Photos : Aurélien Brusini

Un restaurant aux couleurs de l’Eden

Partir loin du tumulte de la vie quotidienne, se ressourcer dans une atmosphère calme et rafraîchissante, se reconnecter à la nature… Tout cela est possible, le temps d’un excellent repas. Bienvenue au Jardin des Envies.

« Dans la vie, tu as deux choix le matin : soit tu te recouches pour continuer à rêver, soit tu te lèves pour réaliser tes rêves ». Voilà une maxime qu’Annick Chevalier a suivie avec cœur, il y a près d’une dizaine d’années. Elle se lance alors dans l’aventure gastronomique du Jardin des Envies. Tombée sous le charme du Village de la Poterie, à Trois-Îlets en Martinique, elle s’y sent tout de suite bien et acquiert une petite crêperie/snack, légèrement en retrait du Village. Au fil des ans, la cuisine s’agrandit, la carte et l’équipe – féminine – s’étoffent, les recettes originales conjuguent avec brio raffinement et cuisine créole revisitée par des influences venues des quatre coins du monde.

Exubérance végétale

« L’amour du voyage est une des nombreuses choses que je partage avec mon associée et cheffe, Clara Pinville », révèle Annick. Et de poursuivre : « Nous nous entendons vraiment bien et l’ambiance ici est familiale et bienveillante. C’est très important de se sentir bien au Jardin, pour nos clients autant que pour nous. C’est ce qui concourt désormais à notre réputation ». Le Jardin des Envies doit donc son nom à l’exubérante végétation dont il est paré. « J’adore m’occuper des plantes ! », confie Annick. Mais créer de toutes pièces ce havre de sérénité et de fraîcheur aux abords du Village de la Poterie, avec son activité artisanale, sa poussière et… sa terre argileuse sur laquelle rien ne pousse spontanément était un vrai défi, relevé haut la main. De hauteur, il en est aussi question pour déguster cocktails et amuse-bouche au Perchoir, salon dans les arbres qui vous fera perdre définitivement pied et vous rapprocher un peu plus de vos rêves.

 

En images :

 

Le Jardin des Envies

Village de la Poterie, Trois-Ilets, Martinique

Réservation vivement conseillée

  1. 05 96 38 23 32 / P. 06 96 10 34 00

Ouvert le midi : lundi, mercredi, jeudi, vendredi et samedi dès 11h30

Le soir : vendredi et Samedi de 18h30 à 21h30

 

Texte : Véronique Brusini

Photos : Aurélien Brusini

Bonheur perché

Quittez la terre le temps d’un week-end ! Oubliez la navette spatiale, l’Habitation Getz vous convie à une expérience de plénitude 100% éco-responsable à bord de l’une de ses trois cabanes dans les arbres. Pour un séjour insolite et perché !

« Haro sur les pirates ! » A vous entendre évoquer la cabane du Pirate de l’Habitation Getz, vos enfants auront beau se démener, force est de constater qu’en guise de flibustier, ils devront se rabattre sur l’adorable chat roux, véritable maître du jardin… Disséminées dans les arbres sur le domaine paysagé autour de l’habitation principale du XVIIIe siècle – entièrement rénovée et elle aussi « gîte de charme » – trois superbes cabanes perchées sont l’attrait insolite du lieu.

Elles ont chacune leur identité forte et un arbre spécifique, choisi tout spécialement par un expert forestier : l’acajou amer pour la cabane Rhum, le mahogany petites feuilles pour la Zoé et le mombin pour la Pirate. D’une capacité d’accueil de 2-3 personnes pour les deux premières, 4 personnes pour la troisième, toutes jouissent d’une belle terrasse avec vue mer ou montagne, pour flâner en hamac et prendre ses repas, abrité mais au grand air. Leur intégration à la nature est parfaite et le respect total des pratiques de vie respectueuse garantissant cette osmose. Là-haut, c’est toilettes sèches (changées chaque jour) et c’est en bas pour la fée électricité et les douches chaudes avec savon et shampooing bio fournis incontournables.

A l’aube comme au crépuscule, les palabres des oiseaux sur l’océan de verdure aux reflets mordorés sont un pur bonheur. Votre respiration se fait naturellement plus lente et profonde. Tout votre être aspire à la détente et vos moindres désirs culinaires viennent à vous sans bouger du hamac… directement sur la terrasse, grâce au panier de restauration hissé pour vous : au petit-déjeuner, fruits locaux fraîchement coupés, cake et confitures maison, boissons chaudes et jus de fruits pressés. Pour le dîner, si vous le désirez, Sandrine – du restaurant Art é Galets à Vieux-Habitants – vous propose son service traiteur. Alors, la tête dans les étoiles, laissez-vous rêver et profitez pleinement de ce bonheur perché.

En images :

Habitation Getz

Route de Géry, Vieux-Habitants / Guadeloupe

Réservations et informations :

  1. 05 90 24 46 86 / P. 06 90 58 70 20

benoit@habitation-getz.com

Enfants acceptés à partir de 2 ans

www.habitation-getz.com

 

Texte : Véronique Brusini 

Photos : Aurélien Brusini

 

Laura Nsafou : « Même le silence a une histoire »

Sa mère est Martiniquaise, son père Camerounais. Laura Nsafou a commencé à écrire très jeune, très jeune aussi elle s’est impliquée dans l’afroféminisme, la défense du climat… Elle a d’abord été une autrice à succès de livres pour la jeunesse. Puis elle a écrit pour les adultes. Son dernier roman, Nos jours Brûlés, publié chez Albin Michel met en scène deux héroïnes qui tentent avec leurs seules forces de conjurer le sort qui a privé la terre du soleil et l’a plongée dans la Nuit. Jusqu’où iront Elikia et Diba, femmes noires, fortes de leur complicité, de leurs cultures, de leurs luttes et de leurs espoirs ?

Pourquoi le soleil a-t-il disparu ? Elikia ne le sait pas, elle ne sait que ce que sa mère lui a raconté : « Elle m’a dit que la Nuit n’avait pas toujours été là, qu’il fut un temps où une gigantesque boule de lumière éclairait le monde et révélait ses couleurs. Elle me parle de teintes que je n’ai jamais vues, d’une saison où il faisait si chaud qu’elle changeait l’odeur du blé et des arbres. » Puis, le jour a disparu. Elikia et sa mère sont parties à sa recherche. Elles veulent retrouver « Le Dernier Eclaireur », un homme qui aurait existé avant la Nuit dans un endroit caché en Afrique. Ainsi commence le roman planté dans un univers fantastique qui mêle la réalité d’une relation très forte entre mère et fille à une fiction prémonitoire.

Créola : Les femmes sont très présentes dans votre roman : deux femmes résolues, imprégnées d’une culture puissante, ne peuvent pas se résoudre à la nuit. Elles partent pour retrouver le soleil. Comment garder l’espoir quand la « grande nuit » s’impose au monde ? Est-ce une question de convictions, de vision de l’organisation sociale, de courage ? 

Laura Nsafou : Complètement. C’était important pour moi de mettre Elikia et Diba, sa mère, en miroir : Elikia a d’abord l’impression de suivre, d’être contrainte d’adhérer aux idées de sa mère avant de se penser comme actrice de changement. Elle tâtonne, se contredit et se cherche au fil des rencontres et des expériences qu’elle traverse… Je voulais explorer ce qui nous pousse à sortir de nos considérations individuelles pour penser notre engagement politique au sein d’un collectif. Le temps, la trajectoire, les gens, sont autant de facteurs extérieurs essentiels.

Dans « Nos Jours Brûlés », vous avez défini la nuit comme un personnage : une nuit qui enseigne, la nuit comme alliée dans un monde sans lumière alors qu’à première vue, la nuit représente le danger suprême ?  

L.N. : C’est exactement ce que je voulais explorer ! En m’inspirant de croyances afro diverses, je voulais questionner nos représentations : la nuit est très connotée dans notre imaginaire collectif, une représentation parfois nourrie par le christianisme et la culture occidentale. Mais pourquoi ? Est-ce que l’obscurité est forcément synonyme d’ignorance ou n’est-ce pas juste un désir présomptueux de vouloir tout savoir, tout de suite et maintenant ? Dans « Nos Jours Brûlés », la nuit a une voix, un rythme, et oscille constamment entre le danger extérieur et l’accalmie. Elle force finalement les personnages à avoir une confrontation avec eux-mêmes.

Comment ne pas penser en vous lisant que votre livre parle de notre avenir, de notre devenir, comme une prémonition…?

L.N. : Choisir l’année 2049 n’était pas anodin. Il y a un déni collectif sur les désastres climatiques grandissants et la manière dont ils impactent nos vies. On parle souvent de « en 2050 » comme d’un horizon lointain. À travers les yeux d’Elikia, il y a une immersion et une proximité avec ce futur sombre qu’on ne peut esquiver.

La transmission, surtout orale, est très présente dans Nos Jours Brûlés. Ce que vous appelez « la richesse d’expériences ».  La parole qui transmet est-elle essentielle pour survivre ?

L.N. : Énormément. J’interroge souvent les femmes de ma famille, parfois sur les mêmes choses, et à chaque fois, l’oral et la confidence font jaillir de nouveaux détails, des ponts aussi, des similitudes, des frottements, qui seraient un peu désincarnés par l’écrit. Au fond, même le silence a une histoire, qu’on ne peut mesurer qu’avec la parole.

Comment pourriez-vous évoquer la naissance de votre conscience politique et/ou/féministe ? 

L.N. : Elle a commencé inconsciemment avec ma mère. Elle a toujours été très vocale sur la réalité d’être une femme noire dans l’Hexagone, des discriminations éventuelles. Même si je ne comprenais pas quand j’étais jeune, ça m’a beaucoup touchée à l’âge adulte. Par la suite, j’ai découvert des concepts et des auteurs qui m’ont permis de nommer ces réalités, et de trouver un engagement en accord avec les luttes qui me tenaient à cœur, dont l’afroféminisme.

Que revendique l’afroféminime qui vous habite ? 

L.N. : Déjà, l’afroféminisme étant un mouvement de luttes contre les discriminations subies par les femmes noires dans un contexte donné, il permet de créer des mobilisations collectives en prenant en compte les expériences spécifiques au racisme, au sexisme et au mépris de classe, sans nous demander de choisir. C’est important pour moi, d’être considérée dans mon entièreté. Ensuite, mon afroféminisme est ancré dans la transmission : comment s’assurer de laisser des traces, d’aller à la recherche de celles qui ont été effacées par l’histoire et de consolider un héritage sur nos identités et nos réalités ?

Le livre
Nos Jours brûlés

Au départ de sa démarche d’écrivaine, Laura Nsafou est partie d’un constat. Il n’y a pas ou presque, en France, de roman dont le sujet serait une femme noire. Elle s’est, dit-elle, « trouvée face à une littérature française qui ne m’inclut pas ». Si la littérature française peine encore à représenter les femmes noires, Laura Nsafou, militante, ouvre la voie dans ses romans dont le dernier « Nos jours brûlés » avec ses héroïnes noires, fortes de leurs cultures, de leurs luttes et de leurs espoirs.
Une écriture qui oscille entre deux mondes. Le monde des origines se confronte à un univers fantastique. Elikia et Diba vont voyager à travers la Casamance sénégalaise, l’Adamaoua au Cameroun, en passant par le Bénin et le Brésil. Elles marchent animées d’une foi invincible. Un roman qui, entre les lignes, parle de nous aussi, de ce qui pourrait nous arriver si nous restons impuissants devant l’urgence climatique, devant toutes les urgences qui menacent la Terre et l’humanité. La démarche d’écrivaine de Laura Nsafou est politique, engagée. Dans Nos jours brûlés, l’homme a perdu sa mainmise sur la nature, il ne la domine plus. Elle lui est hostile. La nuit l’a brutalement ramené aux temps anciens où pour trouver sa place dans la nature, il devait s’en inspirer.
Il y a des paysages fabuleux dans ce roman et surtout des personnages, et tout ce qui les habitent : la conscience, l’âme, le courage. L’écriture palpite au rythme des aventures des héroïnes, dans ce royaume de la nuit qu’elles combattent à main nues, parfois découragées, parfois épuisées. Mais leur cœur battant est indestructible.

Texte: Aimée Petit

Photo: Lorna Doumbe

Touchée par la grâce

Léna Blou et sa Fabri’k vous invitent dans Lawond a léwòz, à travers quatre ateliers inédits qui sublimeront votre mois de juillet.

« Léna Blou » ! La simple évocation de son nom sonne comme une petite chanson, murmurée du bout des lèvres, qui ne vous quitte plus. Léna Blou… Danseuse émérite, chorégraphe de la tangente, pédagogue du désordre, chercheuse en déséquilibre, docteure excentrique ex-centrée, toujours prête pour le pas de côté… Léna Blou ouvre sans relâche les bras vers des mondes où l’art est total, protéiforme, infini, incantatoire, libérateur et vecteur d’une indicible humanité transcendée par l’amour du geste pensé, intime, sensible.

En un mot : révélateur. « Bigidi ! Mè pa tonbé1… », les syllabes volent en éclat, plongeant l’artiste dans une dramaturgique dégringolade. Chez Léna Blou, La Fabri’k de tous les possibles met en fusion « les forces en présence » : vous, moi, des artistes à la visite impromptue, enfants, adultes, handicapés – on l’est tous ici, jusqu’à ce qu’on libère le corps et l’esprit de tous les dogmes et règles préétablies, pour enfin s’ouvrir à l’Autre. Oser s’aventurer hors de sa zone de confort, tout est là. Et nulle nécessité de pénétrer une quelconque jungle lointaine et hostile.

Là, en plein cœur des Abymes, un autre monde, sans cesse réinventé par toutes et tous, s’imagine, se vit, intensément, puis se referme. Mais en en ressortant, des palpitations subsistent et secouent le cœur et l’esprit. De quoi laisser ce « Bigidi ! Mè pa tonbé » nous guider durablement les jours de chaos et inspirer nos nuits de rêves constellées.

1 « Trébucher ! Mais pas tomber »

LAWOND  A LÉWÒZ

La Fabri’k de Léna Blou propose tout le mois de juillet des cycles hebdomadaires autour de Lawond a léwòz. Participez aux ateliers faisant se rencontrer chorégraphes, chanteurs lyriques, dramaturges, metteurs en scène… Renseignements sur : www.facebook.com/lenablou971

Texte : Véronique Brusini

Photos : Aurélien Brusini




Oserez-vous le canyoning ?

La Basse-Terre et ses innombrables rivières, tout droit descendues du massif volcanique de la Soufrière, est l’Eldorado du canyoning en Guadeloupe. Une pratique sportive de randonnée aquatique, parfois engagée, toujours époustouflante, qui ouvre des arcanes inaccessibles de la forêt tropicale humide. Parés ?

« Pour tout le monde : j’ai une combinaison intégrale, des chaussures antidérapantes, un baudrier avec longes, un descendeur et le casque aux normes ‘montagne’. On y va dès que vous êtes prêts ! », lance Xavier Leynaud, instructeur chevronné chez Vert-Intense, au petit groupe venu découvrir les joies du canyoning à Ravine Chaude, sur la commune de Gourbeyre. Ce sport, qui allie plaisirs de l’eau, randonnée et escalade, est accessible à toutes et tous à partir de 7 ans – pour ce qui est de l’aqua-rando. Ces balades aquatiques équivalent au niveau 1 sur les 4 que comprend la discipline ; le 4, étant destiné aux personnes autonomes et peut présenter de grandes hauteurs de rappels, en plus des toboggans naturels et des sauts en cascades.

Le début du sentier du Bassin Bleu est large et le couvert végétal très humide du sous-bois lianescent laisse apparaître de sublimes fougères arborescentes. Après 40 minutes de marche, on atteint la belle rivière du Galion, qui prend sa source à La Soufrière. Suivons ensuite Ravine Chaude, son affluent. Aux abords supérieurs de la première cascade, Xavier, une fois sécurisé, simule les gestes et placements du corps pour descendre le premier rappel sans encombre. L’eau est fraîche, les embruns vivifiants !

Les piscines naturelles aux eaux tantôt cristallines tantôt turquoises se succèdent, pour notre plus grand bonheur. Les rochers copieusement moussus sont un rappel constant à la vigilance pour éviter le faux pas. En « initiation découverte » aujourd’hui – soit en niveau 2 – nous descendons des chutes en rappel entre 15 et 22 m et savourons la petite montée d’adrénaline pour des sauts entre 2 et 5 m, voire 7 m. Une expérience inoubliable alliant exquises baignades dans un univers profondément sauvage et préservé.

Vert-Intense – Route de la Soufrière, Morne Houël / Saint-Claude, Guadeloupe

06 90 55 40 47 – www.vert-intense.com

Texte : Véronique Brusini 

Photos : Aurélien Brusini